ressuscitation du tissage existenciel

SAIEGH Ricardo


[...] selon les détours que lŽinconscient y fait chemins

à revenir sur ses pas.

(J. Lacan, Télévision, 1973)

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réouverture de la cause

JŽexpose ici quelques-unes des expériences réalisées à partir dŽun projet, commencées il y a de cela une quinzaine dŽannées par un ensemble de psychanlystes sur le thème des structures du temps. Actuellement, cette initiative poursuit son cours par les apports psychanalytiques dans la reconstruction du tissage existenciel en prenant pour hypothèse la connection entre les opérations de parenté, de sexuation et de la polis.

[...]LorsquŽun sujet a perdu sa condition civile, ceci peut être propice à ou entraver lŽanalyse de la perte du point de vue de la complexité oedipienne. [...] Donc, notre engagement au sein de la clinique psychanalytique se situe dans les relations complexes entre lŽidentification générationnelle, lŽidentification sexuelle et lŽidentification sociale.

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ressusciter lŽassertion du temps

Pour aborder la ressuscitation du tissu existenciel, je vais partir de lŽhistorique dŽun analysant -que je vais appeler Faustino- qui venait à la consultation -il y a de cela un certain temps déjà-, avec une douleur profonde pour avoir à sŽexposer de nouveau à des épreuves sur sa condition, à lŽépoque où il était convaincu quŽil les avait déjà réussies. Il racontait comment, après avoir mis en péril son existence, après être sorti de prison et être parti en exil, puis être revenu vers sa terre natale, il se retrouvait dans lŽobligation de vérifier à nouveau sa condition humaine, depuis le point le plus élémentaire de la validation de ses diplômes et de ses héritages jusquŽà sa condition familiale et sexuelle. Il exprimait lŽintense solitude et la tristesse causées par autant dŽinjustice. Je supposai alors que cŽétait le moment de lŽaborder -que ce soit sur la base des récits bibliques ou de celui du Moïse de Freud-, comme une version contemporaine dŽAbraham ou de Job ou bien comme les moments de désespération du Faust de Goethe. DŽoù le nom attribué.

Cela fut que quelque temps après le début de son analyse que je le conjecturai comme un autre passage par lŽassertion du temps logique. Si ressusciter le tissu existenciel constituait lŽenchère, si un tissu social sŽorganise pour le bien fait des interessès dans lŽassertion du temps, face à une crise correspond lŽacte de ressusciter les connexions entre les liens de parenté, de sexuation et de la polis dans ce tissage.

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actualité du temps logique

Alors que la façon dont nous recevons cette énigme marque notre condition, je vais partir du texte de J. Lacan de 1945 Le temps logique et l'assertion de certitude anticipée afin de traiter le tissage existenciel.

[...]Un demi-siècle plus tard, l'actualité du temps logique est frappante: À partir des débats sur la condition humaine et sur la liberté ainsi que des témoignages des survivants, ce qui se présente, en tant que tel, comme perte de la condition et qui requiert la récupération de la condition civile, au fur et à mesure de lŽémergence du désir par lŽanalyse et la perlaboration inconsciente, appelle à la réécriture de la condition paradoxale dŽexistence à partir de la génération et de la sexuation.

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héritage et transmission

Dans les journées sur la folie des enfants, en 1967, Lacan rappelle que pour que cela arrive, il faut le travail d'au moins deux générations. [...] On peut interroger l'ancienne affirmation sur les générations montrant qu'il faut plus de deux opérations pour le tressage (l'insu que sait de l'une bévue s'aile à mourre 14-XII-76). Le cours à emprunter pour poursuivre l'exploration est celui des mutations dans la transmission que conditionnent les stucturations cliniques. [...] On peut rappeler que dans ces étymologies, symbole et symptôme viennent de connections entre événements; que la symbolisation c'est faire un acte ensemble dont le symbole est son témoin. Pour sa part, le symptôme vient de l'intersection de plusieurs ensembles, carrefours où se croisent diverses trajectoires. Symptôme comme quelque chose qui tombe d'une conjonction.

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le départ

Bien quŽapparemment la question de lŽénigme soit un sujet rebattu dans le labeur analytique, elle continue à être une valeur forte. Que ce soit à partir du récit dŽAbraham ou de celui de Moïse, de la tragédie oedipienne ou de la poésie épique de Faust, tout ceci insiste: QuŽécoutait dire Abraham de son Dieu à propos de son fils? Que recevait Moïse pour transmettre à son peuple? Quelle était lŽénigme du sphynx dans le mythe oedipien? Que demandait le directeur de la prison dans lŽassertion du temps? QuŽécoutaient Freud et sa fille à propos du fils et du petit fils? De quelle manière se lient les deux questions, que laisse Freud en héritage - quŽest-ce quŽun père, que veut la femme - avec la question du fils? QuŽécoutait chacun dŽeux dans le Che Vuoi? QuŽécoutait Faustino?

[...]Par ces sentiers, il accédait à réécrire par perélaboration les modes de présentation de la faute de lŽAutre où le décisif était la mutation de la question transitant entre répondre à lŽimpératif de jouissance de lŽAutre, sŽaliéner comme phalus de lŽAutre ou rendre propice la dialectisation du Che vuoi? -que (me) veux-tu-, de la demande de lŽAutre.

Ces incursions, en allant révéler les avatars dŽautres encore impliqués dans le départ, poussaient Faustino à analyser sa condition existencielle selon lŽépreuve de lŽassertion du temps. Comme dans celle où, pour se supposer noirs, ils arrivent à sŽaffirmer tels des blancs et où, pour supposer ne pas être en relation les uns avec les autres, ils arrivent, existenciellement, par une logique qui ne se réduit pas au formel, à construire un tissage borroméen. Protoaffirmation qui, dans les temps de symbolisation discursive -indiqués par les deux scansions significantes-, pouvait être confirmée ou reniée, évoquant ainsi les moments distincts de passage par la complexité oedipienne tel que le découvre Freud. Il se peut que les combinaisons de noirs et de blancs, renvoaient à un acte consistant à traverser la folie, lŽaliénation et la névrose.

 

 

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tissage existenciel

LŽexpérimentation du texte sur le temps logique conduit à des surprises. Par exemple, une trouvaille élémentaire est celle de découvrir que lŽépreuve dŽidentification proposée par le directeur de la prison peut conduire aussi bien à la salvation par la ressuscitation de la complexité quŽà la perpétuation de la prison. Si lŽinstigation débouche sur le fait quŽune causalité efficace, formelle ou finale, se perpétue, alors ne sortent trois. SŽils veulent éclaircir les intentions du gardien, alors sŽinstalle la paranoïa. SŽil sŽagit de consciences symétriques et que celles-ci dominent les idéaux, les certitudes, les réalités et les sentiments du moi, il y a fermeture et détention ou bien, confrontation mortifère. Et si, toujours en étant trois, il nŽy a pas le troisième de la loi, trois plus un, sŽil y a forclusion du tissage symbolique du temps discursif, il y a psychologie des masses, et non pas ressuscitation dŽensemble.

En contrepartie, dans lŽassertion du temps, on voit venir tout un ensemble dŽopérations par lesquelles trois personnalités sont forcèes à confectionner le tissage borroméen à partir de la complexité. Découvrir comment le transfert opère là-bas, avec et par le sujet supposé, est décisif. Ce nŽest que lorsque le directeur et les trois prisonniers meurent en partie en tant que personnalité passant par la logique de lŽinconscient, par la sexuation et le lien de parenté - indiquée par la connection du signifiant avec lŽobjet partiel de la jouissance dans la trame des scansions signifiantes - , que ressuscite le désir et - par le trois cardinal - , quŽils font renaître lŽexistence.

[...]Auparavant je mentionnais que à la suite de lŽépreuve consistant à découvrir la couleur du disque que chacun tenait accroché dans son dos, se joue peut-être un départ existenciel - une chasse au trésor - , dans laquelle sur le revers de la lettre de chacun dŽeux, se trouvent en puissance chiffres, lettres et phrases quŽil faut révéler par le biais de combinaisons des autres participants à lŽépreuve existencielle. Comme dans un jeu de cartes espagnol avec les chiffres des cartes et les lettres - coupe, baste, épée et or - dans les positions de la structure avec les combinaisons résultantes. On a donc les trois premiers qui jouent, aussi bien les connections du fils, de la mère et du père que celles de la femme, du phallus et du mâle, en plus de lŽor -en tant que lieu de lŽéchange- lŽatout de la mort se jouant comme au bridge. [...] CŽétait peut-être ce que Freud et sa fille découvraient dans le jeu du petit-fils. Avec le berceau, la corde, la bobine, le nourisson, la mère-femme, le père-garçon, peut-être que le fort-da anticipait lŽassertion du temps.

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conjocntion de projets

Comme je lŽai mentionné tout au début, cet exposé nŽest une partie dŽune conjonction de projets parcourus par différentes causes. LŽun dŽeux, dont jŽincite lŽintérêt quŽil pourrait susciter chez certains, est lŽéchange de textes et dŽexpériences sur lŽactualité de lŽassertion du temps dans la subjectivité contemporaine.

(Exposé lors dŽun colloque sur la question de lŽexil à New York en Octobre 1999 convoqué par lŽAsociation Après-coup avec Cristina Burckas, Alain Didier-Weill et Paola Mieli)

saiegh@arrakis.es