ENIGME ET POSITION DE L'ANALYSTE DIAZ Guillermina C'est peut-être parce qu'elle revient encore dans mon esprit, cette énigmatique phrase avec laquelle Freud définissait sa découverte : NE SACHANT PAS QU'IL LE SAIT, IL CROIT L'IGNORER, qu'il me semble intéressant de proposer dans Le Congrès de la Convergence un travail depuis le versant de l'énigme. Or, qu'est-ce qu' un savoir sans savoir ? c'est une ENIGME parmi d'autres. Une ENIGME parmi d'autres. Il fut un temps où, me servant de la lettre du roman de Jensen
" La Gradiva " et suivant une proposition de Lacan dans le séminaire
de l'Acte Psychanalytique (1), j'ai pu situer différentes manières
d'apparition de l'énigme. Je les mentionnerai brièvement : L'énigme est une énonciation qui, du fait qu'elle ne trouve jamais d'énoncé tel qu'il la recouvre totalement, laisse ouverte les conditions non seulement d'accès à l'inconscient, mais aussi, (et j'entends que c'est décisif) la fonction de la cause. Comment ne pas se rappeler ici, de la formulation de Lacan où il conçoit l' " énigme " comme le lieu qui intéresse à l'efficacité d'une intervention de l'analyste : l'interprétation entre l'énigme et la citation ? Deux registres qui participent d'un demi-dire.
" Enigme alors,
autant qu'il peut être pris dans la trame du discours de l'analyste,
énigme que l'INTERPRETE ne peut pas compléter par soi-même
en aucune manière. Et d'autre part, CITATION, aussi dans sa dimension
du demi-dire, par sa récurrence à celui qui en est l'AUTEUR,
dans ce cas l'ANALYSANT " (2) Si la clinique psychanalytique est " ce qui se dit dans une analyse ", nous pouvons interroger quelques situations où ce qui se dit n'ouvre pas la dimension de l'énigme posée par " le fait de dire reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s'entend ". (3) C'est comme s'il était possible de nous trouver face au récit des faits eux-mêmes, fermés sur eux-mêmes, " le fait du fait ". Alors, j'avance une question : Est-ce possible qu'un récit ne reste pas suspendu de l'énigme de l'énonciation ? Je me souviens d'un jeune homme, bien muni de paroles, dont je prendrai un fragment d'entretiens préliminaires qui m'a emmené à réfléchir sur la relation ou la tension entre l'énigme et le roman familier, car celui-ci semblait être absent pour ce jeune homme. Un épisode d'impuissance a été, selon son dire,
le déclencheur qui le mène à la consultation. Sa
carte de visite :
" eh bien, rien ne s'est passé ".
Jeune professionnel, ayant du succès avec les femmes, pendant la
période de sa puberté il avait buté contre une réponse
rasante du réel ; deux pertes importantes se sont succédées
alors : la mort d'un être aimé et un exil familier imposé
étaient apportés à la consultation comme des données
de son histoire sous une certaine forme d'indifférence, d'inertie.
Il décrit cela, sans cesser de montrer une certaine extériorité.
L'histoire qu'il raconte ne lui appartient pas, il n'a eu aucune rencontre
avec elle. Il n'arrive pas à s'approprier d'un souvenir. Même
le ton qu'il utilise pour l'énoncer était plutôt assoupissant. Soutenons pour le moment l'hypothèse que l'énigme établit
un écart entre savoir et jouissance qui permet de trouver le sillon
vers la rencontre avec une certaine vérité. Comment trouver
cette dimension énigmatique qui surgit du manque d'adéquation
entre énonciation et énoncé, si ce qui arrive à
quelqu'un c'est qu' " il ne lui arrive rien " et cela ne l'interroge
pas ? Coupure ou suture ? L'efficacité de l'intervention de l'analyste, n'était-elle pas toujours par coupure ? Serait-ce une réponse à ce dire énigmatique et pour moi presque incompréhensible de cette affirmation de Lacan dans le Séminaire Le sympthome, lorsqu'il dit " par un certain côté nous lui apprenons à coudre, à faire de la couture entre son symptôme et le réel, parasite de la jouissance ce qui est caractéristique de notre opération ". (4) Ou peut-être est-il simplement nécessaire de signaler que
quand ce jeune homme produit ce rêve, l'aperture vers le chemin
de l'interrogation par le désir est déjà incluse
dans le transfert.
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